Sanofi se réorganise après une érosion de sa rentabilité au cours des dernières années. La priorité donnée à l’oncologie met en lumière le potentiel d’un domaine de recherche où les progrès réalisés parmi les « big pharma » constituent d’abord une grande source d’espoir pour les malades.

Mardi 10 décembre, c’est l’action Sanofi qui a pris la tête du Cac 40, grimpant de près de 6% suite à la présentation de la nouvelle stratégie du groupe dirigé depuis juin par Paul Hudson. Le plan est ambitieux et prévoit notamment une marge opérationnelle à 30% d’ici 2022 et à plus de 32% en 2025. Le « big pharma » français a beaucoup à faire dans ce domaine pour redresser la barre puisque sa marge est passée de 16% en 2015 à 13% l’an dernier. Pour rattraper le terrain perdu, Sanofi va mettre la priorité sur l’oncologie (le traitement des cancers) et prévoit l’arrêt des activités de recherche dans le diabète et les maladies cardiovasculaires. Paul Hudson veut à la fois relancer la recherche interne sans oublier les acquisitions stratégiques de biotechs parmi les plus prometteuses du marché. Ainsi, Sanofi vient de racheter la biotech américaine Synthorx pour 2,5 milliards de dollars. Enfin, un plan d’économies chiffré à deux milliards d’euros devra être réalisé d’ici 2022.

Parmi les relais de croissance, Sanofi a identifié six médicaments prioritaires dont le fameux Dupixent, un anti-inflammatoire miracle au potentiel de 10 milliards d’euros de CA, devenant un « blockbuster » (médicaments réalisant plus d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires sur un an) incontournable pour le « labo » français. En attendant, l’action Sanofi, qui se négocie à 14 fois les bénéfices estimés cette année, gagne 18% depuis début janvier mais seulement 15% sur trois ans. Sur le plan organisationnel, l’entreprise va être désormais structurée en trois entités globales : médecine de spécialités, vaccins et médecine générale. La santé grand public deviendra une entité autonome, ce qui laisse envisager à terme plusieurs issues possibles pour cette branche lucrative : introduction en Bourse, coentreprise ou vente.

Ainsi, GlaxoSmithKline (GSK) s’est de son côté associé avec Pfizer pour créer le numéro un mondial des médicaments sans ordonnance. Une coentreprise destinée à être cotée séparément en Bourse. Dans ce domaine, la consolidation du secteur reste à venir alors que les dix premiers acteurs représentent moins de 25% du marché. En attendant, GSK comme Pfizer ont relevé leurs objectifs pour 2019. L’action du laboratoire britannique (PER estimé à 13) s’adjuge 15% depuis le début de l’année et 15% également sur trois ans ! De son côté, le titre du laboratoire américain (PER 2019 de 13) cède 12% depuis début janvier mais gagne 16% sur trois ans.

Progrès encourageants dans l’immunothérapie

Sanofi n’est pas le seul à mettre l’accent sur l’oncologie. Avec le Keytruda, Merck a frappé un grand coup. Ce médicament qui s’attaque à certaines tumeurs et permet de réveiller le système immunitaire a rapporté plus de 7 milliards de dollars au laboratoire américain en 2018 et Moody’s estime que ces ventes pourraient atteindre les 20 milliards. Les résultats très encourageants obtenus par l’immunothérapie dans le traitement des cancers représentent un formidable espoir pour les malades… et un marché potentiel de 30 milliards de dollars à l’horizon 2025. Le 20 novembre, le Keytruda a été approuvé par les régulateurs européens pour traiter le cancer de la tête et du cou. Merck a récemment dévoilé des résultats trimestriels meilleurs que prévu et relevé ses objectifs 2019. A Wall Street, l’action (PER estimé à 17) prend 16% depuis le début de l’année et 44% sur trois ans.

De son côté, Novartis a annoncé, le 5 décembre, qu’il disposait de 25 « blockbusters » potentiels grâce à la sortie de nouvelles molécules actuellement en cours de développement. Le laboratoire suisse vient de faire l’acquisition de The Medecines Company, spécialisé dans le traitement des maladies cardio-vasculaires, pour environ 9,7 milliards de dollars. L’action Novartis (PER 2019 de 17) s’envole de 23% depuis le début de l’année et de 43% sur trois ans.

 

Source : Fargo, rédigé le 16/12/2019