L’acquisition de Tiffany fait de Bernard Arnault l’homme le plus riche du monde. Pour les actionnaires de LVMH comme pour ceux de Kering et d’Hermès, l’année boursière continue de s’avérer très profitable.

Où s’arrêtera LVMH ? En rachetant Tiffany pour 14,7 milliards d’euros, le groupe français conforte sa place de numéro un mondial du luxe et étonne à nouveau en prenant cette fois le contrôle de la célèbre marque américaine de bijoux. Cette opération marque aussi le triomphe d’un homme, Bernard Arnault, qui peut s’enorgueillir d’avoir bâti en près de trente ans un véritable empire regroupant des marques iconiques dans la maroquinerie, l’horlogerie, les Vins & Spiritueux, les cosmétiques, la distribution sélective ou la joaillerie etc. De Louis Vuitton à Château Yquem, Céline, Fendi ou Séphora, l’appétit de Bernard Arnault, devenu à 70 ans l’homme le plus riche du monde devant les stars de la tech américaine, aura été sans limite et les actionnaires minoritaires de LVMH n’ont pas vraiment à s’en plaindre : le cours s’envole de 58% depuis le début de l’année, de 138% sur trois ans et de 487% sur dix ans.

Rien ne prédestinait pourtant celui qui avait commencé sa carrière dans la promotion immobilière en rejoignant l’entreprise familiale Férinel à devenir le grand manitou de l’industrie mondiale du luxe. Avec l’assentiment de l’Etat, Bernard Arnault reprend, au milieu des années 1980, le groupe textile Boussac en difficulté financière. Mais une « pépite » se niche en son sein : la maison Christian Dior (pas les parfums). A partir de Dior et avec l’aide du brasseur Guinness, l’homme d’affaires réussit à devenir le premier actionnaire de LVMH, groupe nouvellement créé en 1987 après la fusion du maroquinier Louis Vuitton et de la marque de spiritueux Moët & Chandon qui possède les parfums Dior. Arnault a profité du krach d’octobre 1987 pour acquérir au meilleur prix des actions sur le marché. Or, les deux fondateurs de LVMH, Henry Racamier et Alain Chevalier, ne s’entendent pas. Ils seront tous les deux évincés sans états d’âme par le jeune loup pressé.

Devenu patron de LVMH en 1989, Bernard Arnault ne cessera d’étendre année après année le périmètre du groupe de l’avenue Montaigne. Le développement économique spectaculaire de la Chine offrira à ses marques un gisement de consommateurs sans équivalent dans les pays développés. Avec Tiffany, LVMH se renforce tout à la fois aux Etats-Unis et dans un métier, le bijou, où la première place lui échappe encore, au profit du suisse Richemont (Cartier, Van Cleef & Arpels). Le groupe français pourra sans doute réitérer les recettes qui lui ont déjà permis d’intégrer avec succès Bulgari, le numéro trois mondial de la joaillerie acquis en 2011. Vendredi 29 novembre, l’agence S&P a confirmé la note A+ et la perspective stable de LVMH estimant que la performance opérationnelle du groupe français devrait rester solide au cours des deux prochaines années.

Deux échecs pour Bernard Arnault : Gucci et Hermès

Bernard Arnault aura pourtant aussi rencontré l’échec. Le plus mémorable reste Gucci. La marque italienne lui échappe en 1999 au profit de son rival François Pinault. Kering est l’autre grande saga du luxe à la française des deux dernières décennies. Le groupe dirigé par François-Henri Pinault, le fils de François, affiche un portefeuille enviable (Gucci, Yves Saint Laurent, Bottega Veneta etc.) qui lui permet, à l’instar de LVMH, d’afficher une performance boursière enviable sur longue période : +38% depuis début janvier, +167% sur trois ans et +634% sur dix ans. Avec 13,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2018 (3,7 milliards de résultat net), Kering reste toutefois loin des 48,8 milliards d’euros enregistrés par LVMH (6,35 milliards de RN).

Enfin, le patron de LVMH se sera cassé les dents sur Hermès. Le groupe français célèbre pour ses sacs, ses parfums ou ses montres aura préservé son indépendance contre vents et marées face aux deux mastodontes du secteur. Entre 2010 et 2014, Bernard Arnault avait bien tenté, en vain, de prendre le contrôle capitalistique du sellier de la rue du Faubourg Saint-Honoré avant de signer un accord avec les propriétaires d’Hermès et de réaliser par la même occasion une belle plus-value. Depuis lors, Hermès poursuit sa croissance rentable. L’action s’envole de 40% depuis début janvier, de 75% sur trois ans et de 618% sur dix ans !

Source : Fargo, rédigé le 02/12/2019