Hermès a enregistré la moins forte baisse du Cac 40 au cours de la semaine écoulée, historique à tous points de vue. La perspective d’un ralentissement global n’épargnera pas le secteur mais les groupes français cotés disposent de ressources financières pour faire face.

La semaine qui vient de s’achever restera dans les annales de l’histoire de la Bourse de Paris. Le Cac 40 clôture la semaine en chute libre de 19,9%. La descente aux enfers a commencé dès le lundi 9 mars (-8,39%), a été relativement contenu mardi et mercredi (séances dans le rouge toutefois) avant que les marchés ne s’effondrent jeudi (-12,28%, record absolu depuis la création de l’indice début 1988), sous le coup de la fermeture des frontières américaines aux voyageurs européens et la prestation de Christine Lagarde jugée décevante. Le rebond de vendredi sera resté timide malgré l’envolée des cours en milieu de séance (+1,83%). Le bilan hebdomadaire du Cac 40 est sans appel : -20% ! A ce stade, il convient de préciser qu’aucune valeur de l’indice vedette de la Place parisienne n’a enregistré de performance positive. TechnipFMC a chuté lourdement de plus de 50%, plus forte baisse enregistrée alors que la chute des cours du baril fragilise tout particulièrement le groupe de services parapétroliers.

A l’opposé, c’est Hermès qui enregistre la meilleure performance (relative) de l’indice avec un recul limité à 9,65%. Les valeurs du secteur, pourtant largement dépendantes des flux touristiques et de la consommation en Asie, sont parvenues à limiter la casse : l’action LVMH (Louis Vuitton, Dior, Céline, Fendi, Sephora etc.) n’a perdu « que » 12,6% tandis que Kering (Gucci, Balenciaga, Yves Saint Laurent etc.) dévissait de 16,2%. Depuis le début de l’année, alors que le Cac 40 abandonne désormais 31%, Hermès cède 15,4%, LVMH perd 24,1% et Kering chute de 31,4%. Une résistance boursière dans un contexte de « sell off » inédit qui confirme la solidité de ces valeurs particulièrement à la fête sur les marchés depuis trois ans et qui auraient pu chuter lourdement si l’on considère que les marchés anticipent désormais un fort ralentissement de l’économie mondiale.

Dans le marasme actuel, la performance hebdomadaire d’Hermès n’est pas sans doute pas liée au hasard. Très présent en Chine, le sellier de la rue du Faubourg-Saint-Honoré a déjà subi les fermetures de magasins mais l’heure est aux réouvertures dans l’Empire du Milieu. Vendredi 13 mars, l’OMS annonçait que l’épicentre de la pandémie s’était déplacé vers l’Europe, comme si la Chine avait déjà tourné la page du Covid-19. Les valeurs largement internationalisées ou fortement dépendantes de l’Asie ne sont donc plus forcément les plus pénalisées par l’évolution préoccupante de la situation sur le Vieux Continent. En 2019, Hermès a vu son chiffre d’affaires grimper de 15% à 6,88 milliards d’euros dont la moitié réalisé en Asie ! La marge opérationnelle est restée stable à 34% (vs. 34,8% en 2018). Si la fréquentation des centres commerciaux en Chine reste cependant timide depuis le pic de l’épidémie en février, le groupe français peut compter sur les bonnes performances de ses ventes en ligne.

LVMH, nouveau fabricant de gel hydroalcoolique

Cette performance relative d’Hermès ne doit cependant pas éluder le fait qu’une récession globale aura des conséquences négatives inévitables sur le secteur au cours de l’année 2020. Aucun groupe ne sera épargné par la baisse des ventes si les consommateurs asiatique, européens ou américains venaient à fléchir durablement, sans effet rattrapage constaté rapidement. Mais les acteurs français du luxe ont prouvé, au cours des dernières années, la solidité de leur business model et disposent de ressources financières pour faire face au choc, au moins temporairement.

Au cours du week-end écoulé, LVMH s’est d’ailleurs distingué positivement en annonçant que sa branche Parfums et cosmétiques allait mobiliser ses capacités de production pour faire don d’importantes quantités de gel hydroalcoolique aux pouvoirs publics, à commencer par les hôpitaux. Trois sites des marques Dior, Guerlain et Givenchy seront ainsi dédiés à cette initiative « le temps nécessaire » selon la direction du groupe alors que l’épidémie de Covid-19 s’étendait à grande vitesse en France.

Fargo, le 16/03/2020