Si ArcelorMittal reste le premier sidérurgiste mondial, la crise du Covid-19 affaiblit à nouveau durement le groupe confronté à une baisse drastique de la demande d’acier. Outre-Rhin, le démantèlement du conglomérat ThyssenKrupp est remis à l’ordre du jour.

La sidérurgie européenne souffre. Le confinement généralisé de la population a entraîné depuis la mi-mars l’arrêt de la plupart des usines et de pans entiers de l’activité économique qui pèse sur la demande d’acier au niveau mondial (l’industrie automobile est très gourmande en acier). Cette année, la production mondiale devrait être orientée à la baisse. L’an dernier, elle a augmenté de 3,4% selon un communiqué publié en début d’année par l’Association mondiale de l’acier (WSA). Mais cette croissance concerne principalement la Chine et le Moyen-Orient alors que la production européenne a reculé de 4,9% en 2019. La Chine concentre désormais 53% de l’acier mondial (996 millions de tonnes produites contre 159 millions de tonnes pour l’Union européenne).

ArcelorMittal, premier sidérurgiste mondial dont le siège est au Luxembourg et la cotation à Amsterdam, prévoit ainsi une baisse de 25 à 30% des livraisons d’acier au deuxième trimestre. La société n’attend plus qu’un Ebitda compris entre 400 et 600 millions de dollars alors que celui-ci s’est élevé à 967 millions de dollars au premier trimestre, un chiffre meilleur que celui anticipé par le consensus, à 867 millions. En outre, les livraisons d’acier ont reculé de 10,7% au T1 par rapport à l’année précédente, ressortant à 19,5 millions de tonnes. Les investisseurs ont toutefois apprécié la décision de suspendre le paiement du dividende jusqu’à nouvel ordre, signe de la volonté de la direction de soutenir la trésorerie du groupe alors même que le dividende avait été porté pour cette année à 0,30 dollars par action (vs. 0,20 dollars en 2019). En Bourse, le titre ArcelorMittal accuse une chute de 47% depuis le début de l’année et de 59% sur trois ans.

ThyssenKrupp n’exclut pas de vendre sa sidérurgie !

Outre-Rhin, ThyssenKrupp n’est guère mieux orienté. Le conglomérat, présent aussi bien dans la fabrication de composants pour l’industrie automobile, la distribution de matériaux industriels et la production d’aciers plats au carbone, vient de publier une perte nette de 948 millions d’euros au deuxième trimestre de son exercice, soit une perte cinq fois supérieure à celle de l’année précédente. Le groupe allemand a indiqué que la perte d’exploitation du troisième trimestre pourrait atteindre le milliard d’euros. Si les autorités allemandes ont débloqué une facilité de crédit d’un milliard d’euros pour le soutenir, ThyssenKrupp prévoit également des cessions d’actifs pour passer la tempête et un démantèlement du conglomérat, sous la pression des fonds activistes.

Ainsi, la direction du deuxième conglomérat industriel derrière Siemens n’excluait pas, mardi 19 mai, de sortir de l’acier ! Une véritable révolution pour un groupe historique né de la fusion en 1999 des mastodontes Krupp et Thyssen, créés il y a plus de deux siècles. Mais vendre à qui alors même que ThyssenKrupp Steel Europe accuse une perte de 372 millions sur les six premiers mois de l’exercice 2019/2020 ? Des rumeurs de marché font état d’une reprise des discussions avec Tata Steel, alors même que les deux entreprises avaient échoué, l’an dernier, dans leurs tentatives de rapprochement. D’autres médias évoquent le Suédois SSAB ou le Chinois Baoshan Iron & Steel. Cotée à Francfort, l’action ThyssenKrupp chute de 55% depuis début janvier et 77% sur trois ans.

 

Fargo, rédigé le 25/05/2020